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| > Envoyer cette news à un ami ! | Jeux vidéos : une industrie plus lourde que celle du cinéma ! |
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09-12-2008 ][entretien mené par Marco Serri] |
| Bonjour, avant toute chose, peux-tu nous dire qui tu es et ce que tu fais ?
Je m’appelle Stanislas Berton et viens d’être récemment diplômé de Sup de Co Reims. Après une phase de recherche active d’emploi, j’ai fini par être recruté par BIP media en tant que responsable commercial et marketing. Peux-tu nous présenter l’activité de BIP media ? Il s’agit d’un studio de développement de jeux vidéo sur Nintendo Wii, Nintendo DS et PC situé dans le sud de la France , à Hyères plus précisément, et fondé par deux vétérans de l’industrie, Thierry Platon et Sophie Anne Bled en 2004. En 2008, nous avons développé quatre jeux DS dont une création originale « My Farm around the world » signés chez des éditeurs aussi prestigieux que Atari et THQ et nous avons réalisé l’adaptation de la série télévisée « Plus Belle La vie » qui rassemble chaque soir plus de 6,5 millions de spectateurs pour le compte de l’éditeur Mindscape. Quant à 2009, il est encore trop tôt pour en parler mais nous avons plusieurs projets très excitants dans les tuyaux dont un party game sur Wii. Je me souviens de notre dernière rencontre qui avait eu pour but d’évoquer ton expérience en tant que Jury au festival de Cannes. On aurait pu donc s’attendre à un premier poste dans le cinéma, pourquoi le jeu vidéo ? (rires)Tout d’abord, je crois que j’ai commencé à jouer aux jeux vidéo bien avant de mettre les pieds dans ma première salle de cinéma ! Ensuite sur le plan professionnel, il est important de souligner l’importance et le dynamisme de l’industrie du jeu vidéo en France et dans le monde aujourd’hui. Peux-tu nous en dire plus ? Peu de gens en dehors de l’industrie et de quelques spécialistes le savent mais l’industrie du jeu vidéo génère aujourd’hui dans le monde un chiffre d’affaires global supérieur à celle du cinéma et les analystes s’accordent pour dire qu’elle va dépasser celle de la musique d’ici 2010. Quand un jeu comme GTA 4 sort, il dégage 500 millions de dollars lors de sa première semaine. Même un blockbuster comme Spiderman 3 est loin de générer de tels chiffres. Rien qu’en France, il existe un parc de plus de 6 millions de DS et de presque 3 millions de Wii avec des jeux entre 30 et 60€ dans un secteur qui affiche des taux de croissance à deux chiffres depuis plusieurs années consécutives. La stratégie payante de Nintendo avec la WII et la DS a permis d’élargir le marché en faisant jouer des gens qui ne l’auraient jamais fait encore quelques années auparavant. Et je ne parle même pas de l’importance des jeux en ligne ou même de l’influence culturelle énorme du jeu vidéo, largement ignorée par les médias. Comment la France est-elle positionnée du point de vue mondial dans cette industrie que tu nous décris comme lucrative et en pleine croissance malgré la crise ? La France est plutôt bien située sur le plan mondial. Autant elle a en partie raté le virage Internet dans les années 90 autant elle négocie plutôt bien la courbe ascendante du jeu vidéo. D’une part, il existe un véritable tissu économique avec des studios reconnus mondialement comme Quantic Dream et bientôt BIP media (rires) et surtout des éditeurs comme Ubisoft ou Atari, cotés en Bourse et dégageant des centaines de millions en termes de CA. D’autre part, ces dernières années ont vu l’apparition de plusieurs filières spécialisées au niveau de la formation avec la création de plusieurs écoles spécialisées dans la création de jeu vidéo comme à Nice-Sophia Antipolis où BIP a recruté une grande partie de ses collaborateurs. Enfin, le gouvernement a compris l’importance de cette industrie et le rôle positif qu’elle pouvait jouer dans la spécialisation internationale de la France. En conséquence, il a voté un crédit d’impôt autorisé par la commission européenne pour soutenir les entreprises du secteur et a mis en place plusieurs programmes d’aides à la recherche. Nous sommes encore loin de ce qu’un pays comme le Canada peut offrir dans ce domaine mais nous sommes définitivement sur la bonne voie. C’est très intéressant d’un point de vue global mais quel rôle peuvent jouer les étudiants et par extension les écoles de commerce qui les forment dans cette industrie ? Ce n’est pas que pour les informaticiens et les graphistes 3D ? Autant les jeux vidéo, c’était un peu le Far West dans les années 80 et 90, autant aujourd’hui, nous sommes au cœur d’une véritable logique de professionnalisation et rationalisation qui conduit naturellement à un accroissement des besoins dans les postes d’encadrement ou de marketing. Les débouchés se situent essentiellement au niveau des éditeurs car ce sont eux qui commercialisent les produits et ils sont nombreux : chef de produit, chef de marque, chef de projet, business developer, responsable d’acquisition licence, analyste produit pour n’en citer que quelque uns sans parler des fonctions traditionnelles RH, finance etc… Qui recrute aujourd’hui et quelles sont les profils recherchés ? Aujourd’hui, en France, un acteur comme Ubisoft recrute beaucoup y compris à la sortie de l’école à des postes comme Assistant chef de produit par exemple. Sinon, je ne peux que conseiller aux étudiants de se rendre sur le portail de l’emploi de l’agence française pour le jeu vidéo (www.afjv.com) qui recense une grande partie des offres du secteur. Quant aux profils, il faut en général disposer de solides compétences marketing, renforcées par au moins un stage dans l’industrie, une bonne capacité d’analyse et d’adaptation car le marché bouge très vite, un goût pour les nouvelles technologies et surtout une véritable culture vidéoludique. C’est avant tout une industrie de gens passionnés qui aiment les jeux plus que tout. Si un diplômé d’une école de commerce remplit ces critères, il peut tout à fait espérer entrer dans l’industrie dès l’obtention de son diplôme. Quel rôle pourrait jouer les écoles de commerce dans la formation des étudiants ? Dans le cas de Reims, je crois que la création d’un électif spécialisé dans le marketing du jeu vidéo pourrait être un véritable plus pour l’école. En plus d’un enseignement marketing et d’analyse produit , il pourrait proposer des études de cas de lancements réussis ou ratés de jeux, un travail de groupe sur le positionnement d’un titre, une formation juridique sur les contrats d’édition et une brève histoire du jeu vidéo pour aider à comprendre ses racines et ses enjeux. Il n’existe pas encore de telle formation en France et je crois qu’étant donné le rôle économique que l’industrie va être amené à jouer dans le futur, elle finira par s’imposer alors autant anticiper les besoins. Pour finir, pourrais-tu nous décrire rapidement ton poste et tes responsabilités ? Il faut préciser que mon poste est un peu atypique car traditionnellement le marketing est effectué par les éditeurs et non par les studios. Mais aujourd’hui avec d’un côté la distribution en ligne qui en supprimant les intermédiaires, impose aux studios d’effectuer leur marketing et de l’autre, la complexité et les coûts grandissants des projets, il m’apparaît comme essentiel d’avoir au moins quelques personnes au sein d’un studio pour s’occuper du marketing et de la communication. En ce qui me concerne, mes responsabilités en tant que responsable commercial et marketing sont d’identifier les opportunités sur le marché et de faire part de mon analyse à la direction du studio, de travailler en amont pour proposer un projet marketing cohérent à un éditeur, d’être l’interface entre le studio et les éditeurs pendant la phase de prospection, de définir la proposition commerciale pendant la phase de négociations jusqu’à la signature du contrat et enfin de fournir tous les élément marketing dans le cadre d’une distribution directe en B2C. Il s’agit d’un métier varié et passionnant qui me permet d’être à la fois présent dans la dimension créative (studio) et marketing de l’activité. Pour tous ceux qui aimeraient en savoir plus, je leur conseille la lecture de mon mémoire sur le sujet : « La plateforme Steam : un modèle marketing pour la distribution de contenu vidéoludique en B2C » disponible à la médiathèque de l’école. Pour plus d’infos, je vous invite également à consulter notre site internet : www.bip-media.com Merci beaucoup Stanislas pour toutes ces précisions sur l’industrie du jeu vidéo. Merci à vous. |